François Hollande, sa campagne de Tunisie

Publié le par repondre à Gauche 62

Le François Hollande nouveau arrive peu avant 10 heures mardi, au 21, avenue Kheireddine Pacha, à Tunis. Le candidat à la primaire socialiste a rendez-vous avec le président de la haute autorité en charge de la réforme politique en Tunisie, Yadh Ben Achour. À Paris, les dernières secousses de l'affaire DSK agitent les observateurs, mais lui a déjà prévenu : "Cette affaire n'est plus celle du PS."

 

Cette affaire est pourtant celle qui a fait de lui cet homme nouveau : le favori s'est effacé derrière l'outsider, la tortue est devenue lièvre. DSK hors course, c'est désormais lui qui domine les sondages. Alors, il accélère sa campagne (voir notre dossier spécial : le PS en route vers 2012) et, sous le ciel gris de la capitale tunisienne, bronzé et toujours svelte, François Hollande travaille sa nouvelle image.


"Moi, je n'ai qu'à convaincre les Français"

L'homme d'État qu'il aspire à devenir démarre une journée-marathon avec les leaders de la Tunisie d'après-révolution. Loin des "méandres" du PS. Le voyage prévu de longue date, mais reporté à plusieurs reprises, tombe finalement à pic. Le soir même, à Poitiers, Martine Aubry et Ségolène Royal tiennent meeting commun. Laurent Fabius s'exprime au 20 heures de TF1. Et Pierre Moscovici, après Manuel Valls, dévoile son intention de se présenter...

 

L'entourage de Hollande, avec un brin de mauvaise foi, fait mine de s'interroger : mais pourquoi ne se rangent-ils pas tous derrière leur champion, puisqu'il est le mieux placé ? Hollande, face à cette alliance qui se dessine contre lui, joue à celui qui les "ignore". "C'est leur affaire", dit-il. Ce qui ne l'empêche pas d'être sévère à leur encontre : "Moi, je n'ai qu'à convaincre les Français, pas à convaincre les leaders socialistes qui ont été à un moment dans mon parcours, que je respecte, mais qui ne sont plus ma ligne d'horizon. Le seul renfort que je réclame, c'est celui des électeurs au moment de la primaire." C'est qu'en fait, il sait bien qu'aucune opération séduction ne marcherait avec ces "leaders socialistes" qui lui attribuent tous les malheurs du PS, sur cette période 1997-2008 durant laquelle il était à la tête du parti.

 

Transition démocratique

C'est un jour important en Tunisie, puisque se discute le report des élections de l'Assemblée constituante du 24 juillet au 16 octobre. Ben Achour y est favorable. Si elles se déroulaient trop tôt, les élections seraient "fantaisistes, ne répondraient pas aux critères démocratiques", car leur "préparation technique et logistique nécessite plus de temps", selon lui. François Hollande écoute, feuillette son dossier rouge, prend des notes et boit son café. Pose des questions... et valide : "Il vaut mieux des élections incontestables au mois d'octobre que des élections tronquées au mois de juillet." Le gouvernement tunisien de transition décidera finalement de maintenir son engagement d'organiser les élections le 24 juillet.

 

Il file. D'ici à 18 heures, il doit rencontrer les leaders des trois principaux partis qui voudraient constituer la future majorité. Ahmed Ibrahim, le premier secrétaire d'Ettadjid, Mustapha Ben Jaafar, le président du FDTL, et Maya Jribi, la secrétaire générale du PDP. Hollande découvre une situation complexe, des difficultés de s'entendre sur la date de l'élection à l'opportunité de bâtir un front commun. Mais un même but : la transition démocratique dans les meilleures conditions possible. En plein G8, Hollande réclame face à tous ses interlocuteurs que la communauté internationale apporte une aide immédiate à la Tunisie et suspende la dette du pays pour l'année à venir. Il déplore l'attitude de la France lorsqu'a éclaté la révolution, et encore le comportement "indigne" de son pays et de l'Italie lorsque 20 000 Tunisiens sont arrivés à Lampedusa. Mais jamais Hollande ne perd de vue 2012. "Chacun sait que je suis engagé dans un cheminement", admet-il d'ailleurs face à Ben Jaafar.


Tintin président

Et c'est définitivement un homme en campagne qui sillonne en voiture puis à pied la ville bruyante et chaleureuse, fleurie, vivante. Sur l'avenue Bourguiba où il s'offre une balade, les gens le reconnaissent, l'accueil est chaleureux. Une dame réclame un autographe sur une carte postale, un monsieur lui demande de passer le message à Sarkozy qu'il ne fut pas à la hauteur, et même "qu'il est méchant". "Le message sera passé", rétorque Hollande, à l'aise.

Travaille-t-il sa stature internationale ? Évidemment, mais il réfute. "Je ne suis pas là pour me constituer je ne sais quel CV ou quelle carte de visite..., dit-il. Je ne suis pas là pour dire j'ai fait tel ou tel pays du monde, sinon Tintin serait président..." Hollande n'est pas dans une fiction.

 

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Publié dans Actualités

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