François Hollande : “L’outre-mer n’est pas un fardeau”
L’ancien premier secrétaire du PS se rend en Martinique ce lundi et en Guadeloupe demain, dans le cadre de sa campagne pour les primaires socialistes. L’occasion de dresser avec notre correspondant à Paris les grandes lignes de son programme pour l’outre-mer, avec une priorité : “Tout faire pour le développement économique”.
Avez-vous un lien personnel avec l’outre-mer, si oui lequel ?
J’ai un lien affectif avec l’outre-mer et les Antilles en particulier qui m’a conduit, lorsque j’étais 1er secrétaire du Parti socialiste à y venir régulièrement. Hélas, j’ai effectué ma dernière visite, pour participer aux funérailles d’Aimé Césaire, en Martinique.
En tant que 1er secrétaire du Parti socialiste, qu’avez-vous initié en ce qui concerne l’Outre-mer ?
Il y eut deux temps dans cette fonction que j’ai occupée pendant plus de dix ans. Le premier avec le gouvernement Jospin ; j’ai veillé, avec les élus de l’outre-mer, à ce que les dossiers en matière d’égalité et de parité en matière sociale, entre la métropole et l’outre-mer progressent. Ensuite, dans l’opposition j’ai dénoncé le vote UMP de la loi de février 2005, j’ai pris avec toutes les forces de la gauche des initiatives pour remettre en cause cette disposition qui avait heurté les consciences, pas seulement en outre-mer, mais aussi en Afrique, et je suis personnellement intervenu auprès de Jacques Chirac, alors président de la République, pour qu’il abandonne ce dispositif, ce qui fut fait.
Qu’est-ce qui va vous différencier des autres candidats à la primaire dans votre approche de l’outre-mer ?
Ma démarche, ce n’est pas de me différencier d’autres socialistes mais d’affirmer ma vision qui est celle de la dignité personnelle et du développement commun. Ce que je veux, c’est dire aux Ultramarins combien je pense que leur présence dans la République est une chance pour la France. L’Outre Mer n’est pas une dette ou un fardeau, c’est un levier et un atout pour notre pays. Ce que l’outre-mer représente en diversité, en création, en talents, mais aussi en présence dans des espaces loin de la métropole mais si importants pour notre influence et notre solidarité. Je pense à l’Amérique latine, grâce aux Antilles, à l’Afrique pour la Réunion et Mayotte, au Pacifique pour la Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna et la Polynésie française. Tous ces territoires, tous ces départements, nous permettent d’être ancrés dans le monde et de rayonner, de promouvoir notre langue, notre culture, nos valeurs. L’outre-mer ne demande pas un soutien parce que ce seraient des territoires fragiles, mais un investissement parce que ce sont des territoires utiles.
Le programme de la plate-forme socialiste propose une trentaine de mesures pour l’Outre-mer, quelles seront vos priorités ?
Ma priorité sera de tout faire pour le développement économique. D’abord les prix qui devront être maîtrisés, notamment pour les produits de première nécessité et surtout le chômage qui est encore plus élevé en outre-mer qu’à la métropole. Au travers des exonérations de cotisations, la défiscalisation, les politiques de long terme pour des secteurs économiques qui intéressent l’outre-mer, notamment les énergies durables, il faut faire en sorte que nous puissions mobiliser tous ces moyens pour l’emploi et notamment celui des jeunes qui s’inquiètent pour leur avenir et dont certains se marginalisent.
La jeunesse est un des points forts de votre campagne ; elle est nombreuse et au chômage en outre-mer. Que proposez-vous ?
J’ai voulu que ma campagne présidentielle soit entièrement tournée vers la jeunesse, En outre-mer comme en métropole, c’est sur la génération qui monte qu’il faudra concentrer nos efforts. L’éducation, la formation professionnelle, l’orientation vers les métiers de demain doivent être renforcées. Je propose un contrat de génération. L’employeur qui gardera un senior, le temps qu’il puisse partir à la retraite, mais embauchera un jeune de moins de 25 ans avec un contrat à durée indéterminée, ne payera plus de cotisations patronales sur les deux emplois. Cette mesure aura un effet massif pour l’outre-mer.
Nicolas Sarkozy a marqué une vraie rupture dans la relation qui lie le président de la République à l’outre-mer. Ce lien vous semble-il distendu ; si oui comment le rétabliriez-vous ?
À la différence de ses prédécesseurs, y compris de droite, Nicolas Sarkozy a donné le sentiment - je ne dis pas que c’était forcément son intention - d’être loin, distant, méfiant, et il n’a pas eu les gestes qui auraient pu marquer une considération. Néanmoins, je veux mettre à son actif la cérémonie qui a eu lieu au Panthéon à la mémoire d’Aimé Césaire. Mais au-delà des mots, les actes n’ont pas suivi. De ce point de vue, il n’y a eu aucune mesure forte pour le développement, pour la reconnaissance des mémoires, aucune décision financière significative. Je vais prendre un seul exemple : le grand emprunt, qui a été décidé il y a déjà plusieurs mois et dont les sommes ont été affectées ces derniers jours, concerne très peu, pour ne pas dire pas l’outre-mer. Alors qu’il aurait fallu retenir à mon avis, un grand secteur qui aurait pu être par exemple l’agroalimentaire ou la recherche sur la biodiversité.
La politique outre-mer de l’Elysée a toutefois donné l’impression d’un dynamisme même si elle n’a pas été toujours payée de succès électoral en retour ; le président a levé les tabous sur l’évolution institutionnelle… Quel jugement portez-vous sur cette politique ?
Il y a eu beaucoup d’initiatives, mais avec peu de cohérence et guère de moyens financiers pour les accompagner. La « collectivité unique » en est une illustration. Pour le reste, le seul élément institutionnel qui ait été acté, c’est la départementalisation de Mayotte.
La réforme des institutions de la Guyane et de la Martinique vient pourtant d’être adoptée à l’Assemblée nationale…
Je veillerai à ce que l’esprit et la lettre de ce choix soient respectés car d’ici 2012, le texte ne se traduira pas par des engagements budgétaires sérieux de la part de l’État.
On en est à notre troisième ministre de l’Outre-mer depuis 2007 et l’actuelle titulaire est une ultramarine ; que pensez-vous de ce symbole ?
Il faut de la durée pour l’exercice de cette responsabilité. Si je suis élu président de la République, je nommerai un ministre venant de l’outre-mer. Non par automatisme, il y a des considérations qui peuvent appeler d’autres solutions, mais je pense que c’est un bon principe…
À l’Outre-mer ou pas spécialement ?
Pour l’Outre-mer, quel que soit son titulaire, un temps long est nécessaire parce que les choix doivent être ceux du développement durable des investissements d’avenir, de la confiance retrouvée. Ce qui suppose une persévérance, une continuité et une visibilité. Le cadre institutionnel comme la donne fiscale ne doivent pas changer perpétuellement si l’on veut sécuriser les acteurs économiques et mobiliser les citoyens
Propos recueillis par François-Xavier Guillerm (agence de presse GHM)