"Les mots qui manquent le plus dans la situation dans laquelle nous sommes en France sont «fierté», «dignité», «considération»"

Publié le par repondre à Gauche 62

Le mardi 4 octobre, François Hollande était l'invité de Nicolas Demorand pour Libération.

 

 

 

Après les autres candidats à la primaire socialiste des 9 et 16 octobre, Martine Aubry, Ségolène Royal, Manuel Valls et Arnaud Montebourg, et avant Jean-Michel Baylet, François Hollande était hier l’invité spécial de Libération. Interview réalisée face à toute l’équipe du journal lors de la conférence de rédaction.

Que pensez-vous de notre sondage qui indique que 68% des Français pensent que Sarkozy sera battu à l’élection présidentielle ?

Pour un journal qui avait expliqué que les sondages devraient être regardés avec beaucoup de précaution, c’était un risque de faire cette une ! Plus sérieusement, il y a un rejet de Nicolas Sarkozy, mais la bataille n’est pas gagnée d’avance pour celui ou celle qui aura à l’affronter. Ce qui compte dans les élections, ce n’est pas la somme d’électeurs qui ne veulent pas voter pour vous, c’est le noyau dur qui va voter pour vous, notamment pour un premier tour d’élection présidentielle. Quel sera le socle de Nicolas Sarkozy ? Quel est le socle du Parti socialiste ? Quel est le socle de Marine Le Pen ? Je rappelle que, en 2002, nous pensions gagner. En 2007, même si nous sentions que ce serait plus difficile, il y avait quand même de forts espoirs. En 2012, c’est vrai qu’il y a des conditions objectives qui laissent penser qu’une victoire est possible, comme l’impopularité, un échec, des promesses non tenues, une violence même à l’égard du président sortant, souvent de la part des électeurs qui ont voté pour lui. Et, en même temps, nous sommes dans un contexte de crise, une crise qui n’est pas maîtrisée et qui peut se prolonger. Dans ce contexte, le seul argument qui restera à Nicolas Sarkozy sera : «Est-ce que l’on change de capitaine dans cette période de tempête ? Prendrez-vous le risque de choisir une personne qui n’a pas toute l’expérience du capitaine ?»

Vos concurrents, et notamment Martine Aubry, vous attaquent sur votre manque d’expérience…

Mon expérience est longue. Je suis tout sauf un homme nouveau. J’ai été député en 1988. J’ai eu des mandats locaux importants. J’ai aussi été premier secrétaire du Parti socialiste pendant onze ans, après avoir été deux ans son porte-parole. Pendant cinq ans, j’ai été associé à toutes les décisions de Lionel Jospin, peut-être plus que beaucoup de ministres ne l’ont été dans cette période. En même temps, je ne pense pas qu’une campagne présidentielle soit sur un curriculum vitae. Une campagne présidentielle, c’est, à un moment, une confiance et une espérance. La confiance, c’est se demander si celui ou celle qui va diriger la France en a les capacités. Cela se mesure, se jauge et s’évalue durant une campagne. Ce n’est pas une proclamation. Dire que l’on est solide ne veut rien dire. Cela se vérifie. Les peurs seront au cœur de la campagne. Pour lutter contre les peurs, il faut, et c’est tout l’enjeu de la primaire, être capable d’avoir une candidate ou un candidat qui à la fois rassure - c’est important -, réconcilie - c’est nécessaire -, rassemble - c’est indispensable - et donne à espérer, donne de la fierté. Les mots qui manquent le plus dans la situation dans laquelle nous sommes en France sont «fierté», «dignité», «considération». C’est ce que demandent d’ailleurs les Français. Je ne dis pas qu’ils ne demandent pas plus de pouvoir d’achat ou d’emplois, mais qu’ils demandent d’abord à pouvoir participer à une construction collective.

Quand vous parliez d’hésitation tout à l’heure, vous pensiez à Martine Aubry ?

Non, je pense, par exemple, à Jacques Delors… [qui avait refusé de se présenter à la présidentielle de 1995, ndlr].

(lire la suite de l’interview sur liberation.fr)

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Publié dans Info Primaires

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