François Hollande veut convaincre "tout un pays"
François Hollande a été interrogé lundi après-midi sur sa candidature et ses priorités en tant que candidat à la primaire socialiste et à l'élection présidentielle. - photo NR Patrice Deschamps Que feriez-vous pour améliorer la rentrée scolaire et l’école en général ?
« D’abord, qu’est-ce que j’arrêterai dans ce processus qui a affaibli l’école de la République, qui a consisté à mettre les professeurs en accusation et les parents dans une situation de plus en plus délicate de constater une diminution de moyens pour l’avenir de leurs enfants.
J’arrêterai les suppressions de postes telles qu’elles ont été engagées depuis plus de 5 ans et j’entamerai un processus de programmation de créations des postes d’enseignants là où ils sont les plus attendus. C’est-à-dire dans les quartiers où il y a le plus de difficultés, là où il y a le plus d’enfants qui peuvent avoir du retard, des handicaps – les Rased – nous ferons aussi en sorte de faire que, dans l’espace rural, nous maintenions une école – à condition bien sûr qu’il y ait des élèves – qui puisse être un lieu de proximité et pas avoir des transports scolaires qui coûtent à la collectivité et qui fatiguent les enfants.
Enfin, nous aurons immédiatement à réintroduire la formation des enseignants. C’est paradoxal. Pour le métier le plus difficile qui est celui de transmettre du savoir, d’enseigner, l’éducation nationale a fini par renoncer à une formation spécifique et donc il faudra créer sans doute une grande école nationale avec ses représentations territoriales pour la formation des enseignants. »
Faudra-t-il aussi chercher à redonner l’envie d’enseigner ?
« Il faudra recréer une attractivité. J’ai eu les chiffres, qui sont alarmants, par rapport à 2010, il y a une diminution de 40 % des candidats aux concours. Je ne parle pas des suppressions de postes, je parle des personnes qui normalement devaient se préparer à une carrière enseignante et qui y renoncent parce que le métier est difficile, qui y renoncent parce que le métier est mal rémunéré.
Un enseignant en début de carrière gagne 1.500 euros net et, après une dizaine d’années d’expérience, son salaire ne dépassera pas 2.000 euros. Or, les conditions d’exercice de la profession se sont compliquées. Avec, à la fois des enfants de plus en plus difficiles à maîtriser, une violence dans certains quartiers, des parents qui sont très demandeurs attendant que le maître ou le professeur assume le rôle qu’eux-mêmes ne veulent pas assumer ou ne peuvent pas assumer. Donc, il y a aussi un appel à la vocation et à la reconnaissance par la nation de ce qu’est le métier de professeur. Après, il y aura des réformes plus structurelles à engager. »
Le collège unique peut-il être une de ces réformes structurelles ?
« C’est un vieux thème de la droite que de mettre en cause ce qui a été considéré comme un progrès. Le fait que nous puissions avoir des enfants du même âge jusqu’à 16 ans ensemble. Ce qui ne veut pas dire qu’on n’essaye pas de créer une orientation, de faire un lien avec d’autres établissements comme le lycée professionnel. Mais si on éclatait comme il est prévu sixièmes cinquièmes d’un côté et quatrième troisième de l’autre, d’abord, il faudrait créer des établissements et je ne sais pas comment feraient les départements et pour la pédagogie ce serait une régression car les enseignants ont besoin d’un suivi des élèves pendant tout un cycle.
Donc mieux vaut favoriser l’accompagnement individuel, mieux vaut éviter des redoublements qui sont préjudiciables et coûteux, mieux vaut avoir un système de niveau qui permette de ne rien perdre de l’excellence pour certains et pour d’autres de favoriser des rattrapages que de créer la fin de l’obligation scolaire et aller vers l’apprentissage à 15 ans. L’apprentissage peut être une voie d’excellence, une filière permettant de bons débouchés professionnels mais ne pas être immédiatement la solution à ceux qui n’ont pas les réussites scolaires qu’on attend. Je pense qu’il faut plutôt avoir une meilleure orientation des élèves.
Je suis favorable à ce que les établissements aient plus d’autonomie, que les chefs d’établissement se sentent plus investis qu’aujourd’hui d’une mission, mais de là à leur permettre de recruter sur quels critères les enseignants ? Avec quels modes de rémunération ? Et avec quelles conséquences ? Je n’y suis pas favorable parce que là, on aurait comme un changement non pas de gestion mais de principe de l’éducation et de l’organisation de l’éducation.
Ce qui pourrait être proposé, ce serait pour certains établissements qui sont dans des quartiers difficiles d'avoir un renforcement des moyens et une plus grande liberté pour le chef d’établissement avec l’inspecteur d’académie pour organiser ses équipes et avoir de la durée. Parce que, ce qu'il faut, c’est de la durée de présence pour éviter cette rotation. Avec une rémunération supplémentaire pour les enseignants qui acceptent de passer trois ans, quatre ans, cinq ans dans ce type de structure. Oui là, voilà des voies possibles.
L’autonomie telle que l’entend la droite c’est une école de l’élite pour certains et pour d’autres ce qui serait le bas de gamme, là où les enseignants n’auraient pas été recrutés. »
Les classements internationaux pointent des lacunes dans notre école. Peut-on espérer mieux pour notre école ?
« Nos résultats ne sont pas à la hauteur des espérances que nous plaçons dans l’éducation. On voit dans les classements internationaux même si on peut les contester que nous n’avons pas toujours la récompense de nos efforts. Ça renvoie sûrement à l’obligation de mieux accompagner, de mieux apprendre les savoirs essentiels. Même si dans les classements, l’expérimentation pratique est souvent valorisée alors que nous sommes plutôt dans la théorie et dans l’abstraction.
Mais je reviens à ce qui est un choix politique. Est-ce qu’il faut tout remettre à plat ou est-ce qu’il faut ne pas perdre de temps ? Moi je suis plutôt pour la deuxième option. Je pense que nous n’avons pas de temps à perdre. Je pense donc qu’il faut engager tout de suite, par des décisions lourdes, des changements qui auront des traductions concrètes. Je vais prendre un exemple, plutôt que de faire de grandes négociations sur des postes qu’il faut créer, il faut tout de suite, dès la rentrée 2012-2013, qu’il y ait un changement concret et je dis à ceux qui préparent le concours de se présenter parce que nous aurons besoin d’avoir des jeunes qui veulent rentrer dans cette profession sans avoir à faire des recrutements exceptionnels.
Mieux vaut qu’on envoie tout de suite un signal pour que les personnes puissent avoir un espoir d’être recrutées si elles ont le niveau requis. Je pense qu’en terme de méthode, Il faut éviter des grands processus législatifs qui n’aboutissent pas toujours à des résultats tangibles dans les écoles de la République. »
Est-ce que l’école a perdu sa capacité d’intégration ?
« Revenons sur la mission de l’école qui permet un accès à la citoyenneté et de faire des élèves qui sont accueillis de futurs républicains avec le respect d’un certain nombre de principes. Et à la fois tout demander à l’école sans lui fournir les ressources nécessaires ou d’avoir renoncé à lui demander, ça a des conséquences de déstructuration ou de violences dans certaines émeutes comme en Angleterre ou en France.
Moi je propose que nous puissions redonner à l’école sa capacité d’intégration. Je viens visiter une école à Tours (lundi 5 septembre), je pose la question du nombre de nationalités parmi les enfants. “Vingt” me dit l’institutrice, maintenant ce sont des Français que nous formons, même si leurs parents sont étrangers. Je pense que dans cette école il y a beaucoup plus de conditions de réussite que dans d’autres endroits sur le territoire français. Ce qu’il faut, c’est non seulement avoir un cadre, il faut avoir une politique scolaire de lutte contre l’échec et avoir un encadrement et même une éducation des parents parce que ce qui est demandé aux enseignants, c’est non seulement d’apprendre aux enfants qui leur sont confiés mais aussi de dire aux parents ce qu’ils ont à faire quand il y a des parents qui ne maîtrisent pas eux-mêmes la langue française.
Il y a là des moyens qu’il faudra donner à l’école. On ne peut pas non plus détacher l’école du reste de la société et faire comme si c’était un sanctuaire, un havre de paix alors qu’elle est pénétrée à la fois par du fondamentalisme religieux, des difficultés sociales, des déstructurations familiales… il faut donc mettre dans l’école et à côté de l’école des professionnels : psychologues, assistantes sociales, infirmières et détecter dans l’école un certain nombre de difficultés comme on sait qu’il y a certaines familles qui ne s’alimentent plus, qui ne donnent plus le goût d’une autre alimentation.
Il faut autour de l’école une politique de la jeunesse, c’est pour ça que j’ai fait de la jeunesse la priorité. Ça ne se réduit pas seulement à l’école, ça part de la petite enfance à l’entrée dans la vie active et tenir compte aussi des phénomènes de pré-délinquance qui touchent des jeunes à des âges très précoces. Que faire ? Il y a l’internat qui est une voie possible quand on peut sortir des enfants de difficultés familiales, il y a des enfants qu’il faut non seulement sortir de leur milieu familial mais aussi de leur quartier, dans l’école où ils ont échoué ou créé des incidents… mais il faut avoir des établissements qui correspondent à ces situations-là. Il en existe déjà mais bien trop peu. Puis les délinquants eux-mêmes pour lesquels il faut des structures plus privatives de liberté et avec une éducation renforcée.
L’encadrement porte peu, on ne veut pas savoir s’il s’agit de militaires, d’anciens militaires ou de civils… ce débat est théorique. Il faut les bonnes personnes et formées, ce n’est pas simplement la discipline du fouet et de la baguette que nous allons reproduire. Il faut faire un travail de réinsertion. Un des problèmes que l’on a, c’est qu’il y a des jeunes qui ne possèdent que 500 mots et qui ne sont plus capables de former un raisonnement, qui parlent un langage que nous ne pouvons comprendre. Si on laisse faire, ces enfants-là se marginalisent, se mettent dans les trafics et ensuite nous les gérons toute leur vie. Il vaut mieux faire un investissement maintenant que d’avoir à payer plus tard.
J’insiste là-dessus parce qu’il y a eu des polémiques récentes, c’est une chance formidable pour la France d’avoir une natalité dynamique. C’est un atout considérable de pouvoir permettre le renouvellement des générations. Y compris pour le financement demain de nos retraites. Et une dynamique économique que beaucoup de pays nous envieraient, par la politique familiale avoir une fécondité qui nous assure des initiatives que prendront les jeunes à condition que nous offrions aux jeunes la place qu’ils revendiquent dans notre République. »
Les non-suppressions de poste, les moyens donnés aux établissements, l’accompagnement, le contrat de générations… tout ceci coûtera de l’argent. Le budget de l’Éducation serait-il réévalué ?
« Mettons les chiffres en perspective. L’arrêt de la suppression du départ d’un enseignant sur deux non remplacé, c’est 250 millions d’euros. Si on veut rattraper ce qui a été perdu sur une année, ça ferait 500 millions d’euros que pour les enseignants. Si on regarde ce que représente la baisse de la TVA sur la restauration, c’est 3 milliards d’euros, l’exonération des cotisations sociales sur le temps de travail des 35 h, 25 milliards d’euros et pour les heures supplémentaires nous sommes à 4 milliards. Vous voyez les ordres de grandeur.
Je ne dis pas que tout peut être effacé ou réemployé mais je pense qu’il faut que tout le monde ait ces chiffres à l’esprit pour bien comprendre que l’effort que nous avons à faire dans l’éducation n’est pas si considérable.
Maintenant nous avons une obligation qui est de rétablir les comptes publics. Si nous y renoncions nous aurions très vite à supporter une dette qui deviendrait ingérable pour nos enfants. Nous avons cette responsabilité et ce devoir. Nous devons faire des choix, c’est pour ça que j’ai dit que nous avons beaucoup de priorité mais qu’il y en a une qui l’emporte sur les autres c’est l’éducation et la jeunesse. Mais si nous voulons à la fois réduire nos déficits et si nous voulons financer un certain nombre de nos dépenses, il faut avoir un taux de croissance qui soit stimulé. Mais un taux de croissance, on ne pourra pas le rehausser dès notre arrivée aux responsabilités. Il faudra du temps. Ce temps doit être utilisé du côté de l’éducation, du côté de l’industrie des PME et de l’innovation grâce à une fiscalité qui devra être stimulante pour la création d’emploi et l’investissement. »
Votre programme reste-t-il compatible avec les prévisions de croissance ?
« La croissance nous allons en hériter. Celle prévue de 2,5 % ne sera que de 1,75 % en 2011 et en 2012. Il faudra donc s’adapter à cette première phase de notre mandat. Ce que nous ferons en premier lieu ce sont des réformes de structure. Dire aux Français qu’il faut avoir la durée du quinquennat pour en avoir tous les dividendes.
Premier acte, nous ferons la réforme fiscale sans laquelle il sera impossible de redresser les comptes publics et de relancer la croissance, ni de faire de la justice. C’est la condition première.
Ensuite, deuxième décision, faire un acte de décentralisation et confier de nouveaux dossiers aux collectivités locales, aux agglomérations, aux régions… des responsabilités nouvelles notamment dans certains nombres de domaines où nous avons partie liée. Il faut que chaque niveau de collectivité puisse avoir des compétences clarifiées et des financements stabilisés. Nous aurons besoin de collectivités locales puissantes et dynamiques.
Le troisième acte est de prévoir notre avenir énergétique et écologique, de faire un certain nombre de choix qui auront un impact sur la croissance, en montant le niveau des énergies renouvelables, en économisant l’énergie, pour diversifier nos sources de production d’électricité et notamment la question du nucléaire qui devra être proposée. Fermer Fessenheim, les règles de sécurité nous y conduirons, et ne pas engager ce qui n'est pas nécessaire, je pense à ce qu’on appelle Panly, et finir Flamanville qui est déjà engagé. Mais nous voyons bien que nous aurons des choix qui permettent à notre industrie de sortir plus forte à l’avenir. Voilà les premiers actes de notre présidence...
La priorité, c’est la jeunesse. La condition c’est la justice fiscale et la méthode, c’est la démocratie. Si nous arrivons déjà à porter ces trois messages nous aurons redonné confiance à nos citoyens dans la politique. »
La possibilité d’une retraite à 60 ans est-elle toujours d’actualité ?
« Sur la retraite à 60 ans, nous avons pris un engagement et j’y souscris : c’est que ceux qui peuvent avoir les droits pour partir à 60 ans puissent y souscrire. Nous devons pouvoir le faire. A l’avenir, dans dix ou quinze ans, la seule variable sur laquelle nous aurons à négocier ce sera la durée de cotisation et la pénibilité. Puisque la durée de cotisation sera le paramètre, il sera juste de dire dans quels métiers on aura la durée de cotisation plus courte. Ceux qui ont l’âge requis et qui sont à jour de cotisation vivent comme cruel, le fait de ne pas pouvoir partir à 60 ans.
Il y a un principe d’équité : quand vous avez fait votre durée de cotisations, vous ne comprenez pas pourquoi vous ne pouvez pas partir. Il faut rétablir ce principe. Ensuite, il y a un principe d’efficacité. Si on a un travail, la question de poursuivre ou pas cette activité peut se poser. Si le senior est renvoyé par l’inactivité, il vit à ce moment le report de l’âge de la retraite comme une sanction supplémentaire. Or, que constate-t-on ? Il y a eu un certain nombre de licenciements conventionnels, négociés, qui ont renvoyé vers l’Unedic ce qui était jusque-là à la charge des caisses de retraite. Des seniors de 58 ou 59 ans sont licenciés avec des indemnités et attendent sans disposer hélas d’une véritable pension. L’Unedic, c’est fait pour indemniser et le Pole emploi pour placer. »
Êtes-vous confiants sur le fait que le PS va mobiliser pour sa primaires des 9 et 16 octobre ?
« Je suis lucide. Pour la première fois un parti politique ouvre à tous les électeurs la désignation de son candidat. Ça ne s’est jamais produit. Et la dernière fois en 2006, nous n’avions en définitive recueilli que des adhérents qui avaient accepté de payer 20 euros mais qui n’étaient pas en définitive des Français qui voulaient participer à une désignation. Donc, c’est un scrutin inédit qui suppose que nous fassions tous, le PS, les élus et tous ceux qui voudront nous accompagner, un effort d’information des Français. Combien de fois je suis interpellé par des citoyens qui veulent voter pour moi à la présidentielle mais qui ne savent pas qu’il y a une primaire. Il faut faire cet acte d’information et je trouve que là-dessus le PS n’en fait jamais assez. »
A titre personnel avez-vous confiance en votre candidature et vos chances de l’emporter ?
« Si j’étais totalement confiant je ne serais pas devant vous pour faire campagne. Je serais dans un abri bien au chaud ou bien au froid et j’attendrais que ça se passe. Mais une campagne, c’est justement fait pour convaincre des électeurs, le plus grand nombre si possible, mais je n’ai aucun élément me permettant d’être garanti du succès. Les sondages me donnent des éléments d’informations sur ce qui est aujourd’hui le critère permettant aux électeurs de faire leur choix de ma candidature.
Je sens bien que ce qui nous différencie, ce n'est pas telle ou telle qualité car nous en avons tous, c’est ce qui apparaît aux yeux des Français qui veulent le changement, c’est-à-dire que je suis le mieux placé pour gagner l’élection présidentielle. Dans leur ordre de préférence, c’est un choix d’utilité, d’efficacité pour ceux qui ne veulent plus Nicolas Sarkozy. Ils veulent savoir qui peut leur assurer d’être un candidat susceptible de l’emporter et un bon président. Et donc, j’essaie de me conformer à cette double exigence. »
Souhaiteriez-vous accorder un rôle à l’avenir à Dominique Strauss-Kahn ?
« D’abord lui-même ne s’est pas exprimé. Veut-il encore faire de la politique ? Il le dira. Moi-même je ne suis pas désigné comme candidat, et a fortiori pas président. Le mieux, c’est d’attendre que lui s’exprime et que moi je sois investi candidat. S’il veut mettre son énergie au service de son pays, il sera le bienvenue. Car nous avons besoin de tous les talents, pas pour un rôle particulier. Dominique Strauss-Kahn ne recherche pas, j’imagine, un rôle. Il a été ministre plusieurs fois, il a été directeur du FMI… mais sur la crise internationale, sur les dettes, la régulation du système monétaire, il fait partie de ceux qu’on a envie d’entendre. Il n’est pas le seul. Mais ça vaudra quelle que soit la période.
Si je deviens président de la République, je ne me priverai pas des compétences d’où qu’elles viennent. Pas nécessairement pour entrer dans un gouvernement, on ne va pas faire l’ouverture à la mode Sarkozy mais on a besoin d’un réseau d’expertise, de compétence qui nous donne davantage de forces. Moi je ne souhaite rien. Tout le monde sait qu’il ne peut pas être candidat aux primaires, c’est terminé. Après, chacun sait aussi qu’il s’était préparé à l’élection présidentielle. Donc, celui qui pensait qu’à un moment il pouvait être candidat à l’élection présidentielle, il ne pouvait pas, à mon sens, être au service d’un autre à ce stade.
Il fera ce qu’il voudra mais moi, je ne dois pas me détourner de mon objectif. Dominique Strauss-Kahn est rentré, il est sans doute en période de réflexion, il verra ce qu’il a à faire. Mais moi, j’ai une campagne à faire. J’ai un pays à convaincre donc je ne dois pas me détourner de cet objectif. Mais je dois faire observer qu’il y a eu beaucoup d’événements depuis que j’ai déclaré ma candidature au mois de mars. Aucun de ces événements aussi pénibles, douloureux aient-ils été, ne m’ont détourné de ma route. Je resterai sur cette ligne. »
Irez-vous aussi loin que Martine Aubry et Ségolène Royal dans la règle de non cumul des mandats ?
« Moi je me suis engagé sur la base du projet socialiste. Que dit le projet socialiste ? Il dit qu’au lendemain de notre victoire nous ferons voter une loi limitant le cumul des mandats faisant en sorte que le parlementaire, député ou sénateur, ne puisse pas cumuler avec une fonction d’exécutif local : maire, président de conseil général, président de région. Et ça serait d’application pour tous les parlementaires. Si nous n’avons pas la capacité de gagner en 2012, alors ce seront les règles du Parti socialiste qui s’imposeront.
Il y a des ministres aujourd’hui qui cumulent leur fonction avec un mandat exécutif local. Ce qui n’est pour moi pas acceptable. Je pense que ce n’est pas la bonne méthode. Mais moi, je suis pour une loi pour mettre tous les partis, tous les élus dans les mêmes conditions. Il n’y a pas de réforme miracle. Mais je suis hostile à tout ce qui est limitatif de mandats dans le temps. Je parle pour les parlementaires. Je sais que l’engagement en politique est un engagement qui n’est pas de l’ordre d’une profession. C’est un mandat qu’on reçoit. Est-ce qu’on aurait dit à François Mitterrand en 1978 alors qu’il avait fait trois mandats de parlementaire, “ c’est beaucoup trop, il faut laisser la place ”. Est-ce qu’on l’aurait dit à Clemenceau, à Aristide Briand à Jean Jaurès “ vous avez fait trop de mandats, il faut nous quitter ”. Ça n’a pas de sens.
En revanche, je crois qu’il faut des règles plus strictes sur le cumul des fonctions, sur une activité privée avec une activité publique. Qui demande une moralisation. Je ne fais qu’appliquer ce que nous avons dans le projet. J’ai vu qu’on me cherchait sur cette question du cumul. Mais on va me trouver facilement car je suis pour le principe législatif, le seul qui puisse redonner au pays confiance en ces élus. Mais là aussi, si on veut davantage de représentation, il faut aussi que nous ayons à cœur de promouvoir cette nouvelle génération. »
Accepteriez-vous de devenir le premier ministre de Ségolène Royal comme elle a sous-entendu l'inverse ?
« Elle a déjà fait cette proposition à Dominique Strauss-Kahn, je n’en dirai pas plus ! »




