François Hollande, à Annequin hier soir, pour redonner « fierté et espoir »
Le socialiste François Hollande, favori des sondages, terminait son périple dans le bassin minier hier soir par une réunion publique à Annequin. Un village pour mieux enfiler le costume du « président normal » qu'il entend incarner en rupture avec Nicolas Sarkozy. Mais il n'a pas pipé mot de l'annonce de candidature de Martine Aubry.
Il n'est pas arrivé en cyclomoteur. Lui, qui aime tant chevaucher son deux-roues pour symboliser sa rupture avec le « bling-bling », est sorti de voiture escorté des députés du Pas-de-Calais qui soutiennent sa candidature à la primaire du PS. François Hollande n'avait pas attendu le jour des dépôts pour la déclarer, mais sa réélection en mars à la tête du conseil général de Corrèze. Pas d'annonce donc dans la salle polyvalente d'Annequin, pas davantage de mot pour Martine Aubry qui lui a succédé à la tête du parti et qui a surtout annoncé le matin même qu'elle entrait dans la course à l'investiture. Juste un bain de foule, des pinces à serrer, des embrassades.
Hollande est là parce que sa voisine à l'Assemblée nationale, Odette Duriez, l'a invité dans sa circonscription. La Cambrinoise qui permet aux Annequinois d'entendre le célèbre discours hollandais. Yves Dupont, maire d'un village de 2 400 habitants, est donc « heureux » de se retrouver là au milieu des drapeaux, devant quelques centaines de militants d'une salle pleine. Devant laquelle Duriez entre en campagne : « En 2007, Sarkozy nous a annoncé l'impossible, il nous a fait subir l'invraisemblable. En 2012, François nous promet le "normal". Eh bien, il nous offrira l'exceptionnel. » Ses qualités d'orateur le sont, à entendre Daniel Percheron. Le président du conseil régional le soutient parce que « c'est un militant comme Yves, comme Odette. Ce n'est pas un militant héritier. » Il voit en lui le rassembleur dont le PS a besoin, l'homme de la synthèse - « injustement reproché », glisse-t-il -, « le plus brillant de sa génération », tranche-t-il.
Le voilà au micro. François Hollande. Transformé depuis son dernier passage à Béthune pour soutenir Jacques Mellick, présent à ses côtés. Il en joue alors qu'il vient de visiter la brasserie du Ch'ti : « Comment croyez-vous que j'ai réussi à faire cette métamorphose ? En buvant de la bière et de la Ch'ti. » Mais le maire de Tulle que Laurent Fabius surnommait « monsieur petites blagues », qui voit se rassembler contre lui les déçus de son premier secrétariat, n'est là ni pour plaisanter, ni pour entrer dans la « confrontation » avec ses camarades. Les Royal, Montebourg, Valls, Aubry, qu'il n'a jamais cités mais avec lesquels il veut lancer un « débat maîtrisé, respectueux ». Car ses adversaires sont ailleurs. À droite avec « le président anormal ». À l'extrême droite avec « Mme Le Pen, la candidate de la peur, du rejet ».
François Hollande entend redonner « espoir et fierté » aux Français, leur dire la « vérité », référence aux promesses du « président du pouvoir d'achat ». Il entend faire de la jeunesse sa « grande cause », parce qu'elle symbolise le « progrès » de génération en génération.
Changeant de costume avec les tribulations de DSK, il veut assumer son habit de favori. À propos du candidat socialiste : « Qui peut faire gagner en 2012 ? Qui peut avoir la plus grande capacité d'être président ? (...) Être candidat à la présidence suppose des qualités, suppose du courage, des efforts sur soi-même, une préparation... » L'autoportrait d'un homme qui a fondu en y pensant depuis des mois. •